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Les clés de la résilience

Résilience

Surmonter les obstacles de la vie, la perte d’un être cher, la perte d’une partie du corps. Comment faire face à une succession d’événements qui nous ébranlent psychologiquement. Les réactions face à ces événements différent selon les individus, certains ne retrouvent jamais ou bien plus tard leur niveau émotionnel d’origine. Pour d’autres, leurs forces se décuplent et leurs potentiels se dévoilent au yeux de tous. Qu’ont-ils de particulier ? Qu’est-ce qui les distingue ? Ces capacités sont-elles de l’ordre de l’inné ? 

Philippe Croizon a été amputé des 4 membres à la suite d’un accident domestique, le sport lui a permis de se relever et de croquer la vie à pleine dent. C’est en touchant le fond qu’il a développé une capacité à se surpasser et à donner le meilleur de lui même à chaque instant.

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Philippe Croizon

Alors que 10% des valides réussissent la traversée de la manche, il a été le premier invalide à réaliser l’exploit. Après ce succès, de 2011 à 2012, Il tente de réaliser l’exploit de relier les 5 continents à la nage, et y parvient. Cette fabuleuse odyssée est retracée dans le film “nage au delà des frontières”.  En 2017, il prend le départ du Dakar au côté de Cédric Duplé et Yves Tartari en tant que conducteur. il finira à la 48e place.

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Philippe Croizon

C’est extraordinaire d’autant plus que la majorité des valides ne feront jamais ce qu’il a réalisé et n’y mettront jamais autant d’énergie. Il a su puiser sa force et développer une volonté extraordinaire dans sa souffrance. Le psychiatre Boris Curynilk appelle ces traumatismes des “Merveilleux malheurs”. C’est en passant par ces épisodes douloureux que les individus découvrent leur véritable potentiel, leur force.

De nombreux sportifs ont confié s’être transcendés suite à ces douleurs. Christophe Dominici qui a perdu sa soeur dans un accident de voiture. Ce besoin de dépassement a jailli après une période de doute, de dépression. Il le dira lui-même lors d’un colloque organisé par Eurosport en 2012 “Je volais, je me battais… En fait, je culpabilisais d’être toujours vivant et voulais attirer l’attention sur moi. Plus tard, il y a une phase de reconstruction au terme de laquelle j’ai décidé d’utiliser mon chagrin et ma rage au service d’un seul objectif”.

Dans le même cas, Frank Bruno un unijambiste qui s’est lancé dans les aventures extrêmes suite à la perte de son membre à l’âge de 18 ans. Dans son livre Ayeltgnu qui signifie “Tu as de la chance” en Tinglit, une langue parlée en Alaska. Il raconte sa traversée solitaire en Kayak sur le fleuve Yukon au Canada. Il le dit lui-même“être handicapé a décuplé mes forces

Le sport sert de défouloir, il permet de se fixer des objectifs et des défis qui vont contribuer au processus de reconstruction et de développement.

C’est Emmy Werner une psychologue américaine qui a mis un mot sur ces aptitudes, capacités d’individus à se relever et se dépasser après une agonie psychique. Il s’agit de la résilience. Elle l’a proposé suite à ces étonnements face aux capacités d’individus de poursuivre leur processus de développement malgré les traumatismes. Son étude portait sur 700 jeunes enfants nés en 1955  issus majoritairement de milieux défavorisés de l’Île de Kauai, une des îles de l’Archipel d’Hawaï. Elle a mené son enquête sur ces jeunes gens de leur jeunesse à l’âge adulte, elle remarque que 28 % d’entre eux ont réussi à s’intégrer, à tisser des liens, à créer une vie de famille. Elle en conclut que certain ont la capacité de se développer face à des événements traumatisants.

A l’origine, le concept de résilience provient de la métallurgie, où il désigne la capacité d’un matériau à revenir à sa forme initiale après avoir reçu des chocs. En psychologie, la résilience se traduit ainsi, “Comment reprendre un développement après une agonie psychique”.

Quels sont les clés de la résilience ?

Tout d’abord, la résilience n’est pas l’apanage de certains individus et absente chez d’autres. Ce processus s’apprend, on ne peut pas ne pas être résilient mais on peut être bloqué dans son développement. Cette hypothèse de ressource résiliente latente  chez tous les individus permet de proposer des accompagnements afin d’activer ce processus.

  1. L’efficience intellectuelle
  2. L’autonomie et l’efficacité dans ses rapports à l’environnement
  3. Le sentiment de sa propre valeur
  4. Les capacités d’adaptation relationnelles et d’empathie
  5. L’anticipation et la planification
  6. Le sens de l’humour.

L’objectif est de travailler sur des notions telles que la confiance en soi, l’estime de soi, l’optimisme, le sentiment d’espoir, la sociabilité ou encore, l’autonomie et l’indépendance, l’endurance, la capacité à combattre les stress. 

5 moyens pour travailler sur la notion de résilience au quotidien :

  1. La centration :  Ce sont des occupations qui permettent de mettre de l’ordre dans notre esprit. Ce sont des activités simples, et parfois répétitives comme le jogging, mettre de l’ordre chez soi, éplucher des légumes qui  permettent de recentrer notre attention sur ce que nous faisons.
  2. La création : Ce sont des occupations qui comblent notre besoin de beauté (musique, écriture, cuisine, dessin, peinture etc.).
  3. La contemplation :  Il faut se donner des moments, occupations qui créent une expérience de pleine conscience telle que la méditation, un silence prolongé.
  4. La contribution : Ce sont des occupations qui permettent de donner du sens à ce que l’on fait, de se sentir utile et productif. C’est aussi redonner ce que l’on a reçu par le bénévolat, le travail.
  5. La communion :  Ce sont des activités qui renforcent nos liens d’appartenance (repas en famille, sport entre amis).

Les 5 C, sont les éléments essentiels d’une bonne alimentation mentale. Ces activités comptent pour 50 à 60 % de notre résilience. Tandis que 10 % proviennent de nos circonstances de vie et 30% de notre génétique selon R.Thibeault psychologue et ergothérapeute. Elle soulève également la question de la place grandissante des activités “maloccupantes dans notre vie, des occupations qui ne nourrissent pas notre santé mentale tels que les jeux vidéos, les médias sociaux. 

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