Pourquoi les Guerriers Yolngu se soumettent et meurent – Livre# 18/25

Yolnu

 

Why Warriors lie down and die” de Richard Turdgen, 1999, 245 pages. 

Lexique : 

Yolngu: Peuple aborigène vivant dans la région de Arnhem Land

Balanda : Les personnes non-aborigènes

Richard Trudgen découvre Arnhem land une zone située au Nord de l’Australie au début des années 1973, il y restera jusqu’en 1982. Il y rencontre un peuple se nommant «Yolngu» avec qui il se liera d’amitié. Après un break de 8 ans loin de la tribu Yolngu, il reprend contact avec eux dans l’optique de faciliter la communication entre les Balanda (personnes non-aborigènes) et les Yolngu. Il se rend compte que de nombreux problèmes de communication existent entre les 2 cultures entrainant des tensions. Il fut surpris de découvrir, 8 ans après, comment les choses avaient évolué dans le mauvais sens, le taux de mortalité y était 5 fois plus élevé que la moyenne nationale. La plupart des gens de cette tribu étaient sans emploi et en mauvaise santé, beaucoup d’enfants étaient dans un état de malnutrition.

C’est dans ce contexte en découvrant que le peuple Yolngu avait perdu le contrôle de leur vie que l’auteur a voulu écrire ce livre pour témoigner de ce qui se passait dans cette région.

 

YolnguYolngu

        Richard Trudgen                 Arnhem Land se situe au Nord de l’Australie représenté en Organe foncé 

 

Mise en perspective des problèmes subis par les aborigènes.

Ce peuple a tout doucement connu une descente aux enfers. Les Balanda et les Yolngu souffrent d’une incompréhension mutuelle. Les aborigènes ont du mal à saisir le monde des blancs (les balanda) ce qui rend leur intégration difficile. Les Yolngu se sont soumis aux Blancs pensant qu’ils avaient des pouvoirs car ils gagnaient toujours les batailles, comme s’ils possédaient des supers pouvoirs. Les aborigènes ont essayé de percer les secrets des Balanda, en envoyant leurs enfants dans ces écoles non-aborigènes. Mais cela a engendré une plus grande confusion chez ces enfants, dans la compréhension de ces 2 mondes. Certains abandonnent, d’autres au contraire essayent de découvrir les secrets des Balanda.

Dans ces quêtes de nombreuses barrières s’élèvent, rendant l’interaction entre ces deux cultures très compliquée. Quand les Yolngu travaillent selon leurs propres lois, leurs structures sociales, leurs connaissances, ils apprennent vite et sont très productifs. Mais la dominance de la culture occidentale des Balanda, a poussé le peuple Yolngu dans la confusion, dans la perte de repères et à mourir à petit feu. Dans cette chronique, nous allons retracer les raisons de cette perte de contrôle des Yolngu sur leur vie.

 

Chapitre 1 : L’histoire de Arnhem Land 

Le territoire de Arnhem Land se compose de 40 clans qui se partagent le territoire. Chacun a une histoire différente dans leur premier contact avec les humains blancs. Bien avant les surfeurs, d’autres ont glissé sur les vagues d’Australie. Ces explorateurs d’origine portugaise, hollandaise et peut-être bien même chinoise ont visité les côtes australiennes, 150 ans avant l’arrivée de James Cook. Malgré leur visite ils n’ont eu aucun contact avec les Yolngu, c’est pour cette raison que l’on retiendra 1770 comme premier contact avec les blancs. Après l’installation de la première colonie, il faudra plus d’un siècle pour que l’ensemble du continent soit connu des Européens.

 

James Cook

James Cook

En à peine 50 ans, toute une série de massacres a eu lieu entre aborigènes et Balanda au cours de 4 principales guerres.

Le premier événement se déroule en 1885, à ce moment les occidentaux ont commencé à s’approprier le territoire de Arnhem Land sous le nom de « Australia Act » en 1842, divisant la zone en 11 états sans consultation des Yolngu. Les règles occidentales en matière de possession ne sont pas les mêmes que celles des Yolngu, créant ainsi de grande tension entre les deux clans. Selon la loi Madayin (loi des Yolngu) tout animal se trouvant sur le territoire d’un clan devient la propriété de celui-ci. Au vu de cette règle, les animaux des colonisateurs furent tués et mangés afin de nourrir leur tribu.

En représailles, les Blancs qui ont vécu ce fait comme une déclaration de guerre ont décidé « d’offrir » de la nourriture empoisonnée aux Yolngu pour se venger. C’est dans ces conditions que la première guerre fut déclarée entre les aborigènes et les humains blancs. Les Balanda avaient l’avantage des armes mais les aborigènes étaient plus rapides, avaient une meilleure connaissance du terrain. Ainsi après 8 ans de conflit celui-ci prend fin lorsque les Balanda quittent le territoire.

Lors de ces affrontements, les Yolngu ont dû faire face à la trahison de certains aborigènes s’unissant à l’envahisseur. C’est ce qui s’est produit en 1926 lorsqu’un clan a été décimé par un groupe de 5 personnes composé de Muri (clan aborigène au sud de l’Australie), yolngu et Balanda qui demandait à être hébergés pour la nuit en1926. A cette occasion ces étrangers en ont profité pour décimer le clan Yolnu.

Yolnu

 

Chapitre 2 : Un peuple en crise

De la fin de la seconde guerre mondiale aux années 1970 ce fut un temps de stabilité pour le peuple Yolngu. Durant les années 1960, les Yolngu se sont initiés au nouveaux métiers apportés par les non-aborigènes tels que plombier, fermier, électriciens. D’autres sont allés étudier dans les grandes villes telles que Brisbane afin de comprendre le monde Balanda. Nombreux Yolngu espéraient que la domination des Balanda allait diminuer et qu’ils allaient reprendre le contrôle de leurs terres, regagner leur indépendance et une certaine stabilité.

Mais le rêve s’est transformé au fur et à mesure en cauchemar.

Quelques points qui permettent de comprendre comment la dépendance des Yolnu vis à vis des occidentaux s’est renforcée au cours des années.

  1. Des lois qui freinent leur participation aux commerces internationaux. En 1972, une loi est venue interdire le commerce de peau de crocodile alors que la vente de celle-ci était l’une de leur principale source de rémunération. Cette loi, les a empêchés de prendre part au développement du commerce de leur région.
  2. Le système occidental ne reconnait pas la propriété des clans selon le code Yolngu chaque clan a ses propres terres comme c’était le cas pendant des millions d’années. Les Yolngu ont une certaine réticence vis à vis du gouvernement puisqu’ils ont le plein pouvoir sur les terres. Ce qui va à l’encontre des principes régissant leurs lois sacrées.
  3. Une communication pauvre entre les Balanda et les Yolngu : Beaucoup de mots, concepts sont inconnus pour les Yolngu, il n’y a pas d’équivalent dans leur langage et vice versa. Les mots : association, entreprise, conseil, gouvernement ont longtemps été mal compris entrainant de nombreux malentendus, ne permettant pas aux aborigènes une bonne approche du système
  4. Les travailleurs Yolngu en manque de travail : Les personnes souffraient car la plupart des emplois étaient maintenant pris par de nombreux Balanda. Le système les a progressivement exclus du marché de l’emploi. Les occidentaux prenant de plus en plus de jobs sur le continent.
  5. Les ainés Yolngu perdent le contrôle : Les années 70 à 80 ont été le témoin d’un véritable désastre pour les ainés Yolngu. Les conseils étaient organisés par un fonctionnement Balanda et non Yolngu. Beaucoup des anciens voulaient prendre la direction de ces conseils mais dans la plupart des cas c’était impossible car ils ne comprenaient pas le fonctionnement d’une élection. Ce type d’élection est un concept étranger pour les Yolngu. Les processus d’élection étaient mieux compris par les jeunes. Beaucoup de Balanda trouvaient plus simple de travailler avec les jeunes Yolngu, leur donnant ainsi beaucoup de conseils. Peu à peu les jeunes aborigènes ont occupé des postes à responsabilité, excluant les anciens. Ce processus créa des tensions entre les différentes générations Yolngu (ainés et jeune).

Dans les années 70 à 80, le rêve s’est transformé en cauchemar et a continué à s’intensifier durant les années 90. Le changement des rapports de force entre jeunes et anciens, couplé au chômage, entraina de profonds dommages. Le taux de suicide, des homicides, la consommation de drogue, d’alcool, les violences domestiques ont augmenté durant cette période. 20 ans auparavant ces personnes étaient en bonne santé, maintenant elles affichent une faiblesse effarante.

 

Chapitre 3 : Quel est le problème du peuple Yolnu : 

Nous avons vu comment les relations entre les Yolngu et les non-aborigènes ont clairement impacté la relation qu’ils entretenaient envers leur terre. Mais il y a d’autres facteurs qui contribuent à cette crise

  1.  Un des facteurs le plus pervers est l’attitude des membres de la culture dominante envers les Yolngu. Le manque de reconnaissance et le mépris pour la culture aborigène de la part de la culture dominante ont progressivement stoppé la créativité de la communauté Yolngu. La culture occidentale essaie de trouver des réponses aux problèmes des Yolngu en nommant de manière péjorative leur façon de vivre, en blâmant leur culture, en leur disant qu’il devrait changer et que tout rentrerait dans l’ordre. Ce peuple essayant de vivre selon le monde occidental s’est mis progressivement à croire l’interprétation des Balanda vis à vis de leur propre culture. Tous ces termes péjoratifs, ces critiques ont profondément affecté ce peuple.
  2. La difficulté de la langue anglaise : Pour la culture dominante les aborigènes devraient simplement apprendre l’anglais. En réalité, il y a d’autres inconnues qui rendent difficile la communication. Pour bon nombre de Yolngu la culture dominante leur cache un secret qui donnerait aux Balanda un pouvoir. Les balanda sont plus rapides, gagnent toujours les guerres, construisent de meilleurs bateaux, tout ce que font les Balanda semblent meilleur, poussant les aborigènes à croire qu’ils ont un pouvoir et qu’on leur cache quelque chose. Il est difficile pour eux d’exprimer leur frustration et ils préféraient ne pas s’investir, s’exclure plutôt que de participer au monde Balanda. Peu à peu, les Yolngu se sont mis à critiquer leur propre culture, leur langage, croyant que leur tradition était la raison de leurs incompétences. L’anglais est une langue sophistiquée, même magique pour eux. Beaucoup de choses restaient confuses dans leur esprit concernant le monde Balanda, mais peu à peu ils ont accepté l’idée qu’ils ne pouvaient pas tout comprendre.

 

Pour quelles raisons est ce que l’anglais fatigue les Yolngu lorsqu’il l’utilise ? Pour 4 principales raisons :

  1. Les sons : utilisés sont très différents de la langue Yolngu. Certaines syllabes ne sont pas entendues par les Yolngu. C’est la même chose pour un anglais qui écoute la langue Yolngu, certains mots sont très similaires les uns des autres rendant le décryptage ardu pour un anglophone.
  2. La grammaire : La grammaire et la construction des phrases sont très différentes entre l’anglais et la langue Yolngu. Certains Yolnu peuvent parler 15 dialectes car la structure de ces langues est similaire à la langue Yolngu.
  3. Les concepts : les concepts anglais sont très différents de ceux Yolngu car ils prennent racine dans l’histoire européenne alors que la langue Yolngu prend racine dans l’histoire de l’Asie.
  4. Un dictionnaire incomplet : L’anglais reste difficile à comprendre pour eux l’une des raisons est que l’anglais n’a pas été pleinement traduit dans leur langue. Beaucoup de termes dans les domaines du commerce, de la loi, dans le milieu médical ou encore économique n’ont pas été analysés et n’ont pas forcément d’équivalent dans leur langue. 

 

Le processus d’apprentissage d’une langue étrangère :

  • Le dictionnaire Yolngu pour apprendre l’anglais ne contenait que 19 pages en 2000 alors que le dictionnaire anglais contient plus de 500 000 mots, concept scientifique, expressions. Sans un dictionnaire complet ces personnes sont bloquées dans un vocabulaire anglais très succinct.
  • Les Yolngu connaissent les mots mais le problème est qu’ils ne saisissent pas pleinement leur signification et leurs conséquences. Ce problème est récurrent dans le domaine médical. Lorsque les Yolngu ont besoin d’un médecin, ils ne comprennent pas les informations données et les conséquences de leur traitement médical etc… C’est pour cette raison qu’il arrive parfois des drames à cause de médicaments mal pris ou d’un traitement pas suivi.

La langue Yolngu est riche, variée avec une façon unique de décrire le monde qui nous entoure. La langue Yolngu a la capacité d’enrichir la pensée du monde actuel. Les langues sont toutes aussi uniques et riches les unes que les autres, il n’y a pas de langue supérieure à une autre. Les langues doivent être prises au sérieux. Elles nous poussent à percevoir le monde selon la richesse de son vocabulaire et de son unicité.

 

CHAPITRE 4 : L’essence des interactions humaines

Une bonne communication est indispensable dans la vie des hommes, sans elle la vie perd de son sens. Le manque de communication réelle entre la culture dominante et la communauté minoritaire a provoqué de graves désastres. Les Yolngu, qui en apparence parlaient correctement l’anglais, avaient beaucoup de difficultés avec certains mots et concepts complexes que l’anglais utilise fréquemment. Les mots comme république, démocratie ou encore constitution sont très difficiles à saisir car il n’y a pas d’équivalent dans leur langue. Il arrivait fréquemment lors des conseils de décision que les yolngu ne comprennent pas les sujets de discussion ou du moins pas dans leur globalité. Ils étaient trop honteux pour l’avouer du coup ils se contentaient de dire « yes », en espérant comprendre le sens du sujet plus tard dans la discussion ou que le sujet n’était pas trop important.

L’auteur estime que la principale raison pour laquelle les Yolngu ont perdu le contrôle de leur vie provient de la faible communication avec les Balanda 

Exemple de problème dans le domaine médical :

  • Dans le jeu des questions/réponses entre un patient Yolngu et un médecin, l’exercice est très difficile et bien souvent les deux parties ne se comprennent pas.
  • Pour les médecins expliquer de manière exacte son état de santé à un Yolngu est très compliqué, il leur est difficile de leur faire comprendre que parfois leur vie est en danger, qu’ils ont un cancer ou une autre maladie grave.
  • Aucun médecin dans la région d’Arnhem land n’avait les compétences linguistiques suffisantes pour énoncer le diagnostic correct à un patient Yolngu.

L’auteur a passé de nombreuses heures à faire le lien entre les professionnels de santé et les patients Yolngu. L’auteur estime que 75 à 95 % des consultations échouaient si un traducteur n’était pas impliqué dans la discussion. Le problème vient que la culture dominante des Balanda ne comprend pas le fossé de communication qui sépare ces deux cultures. Les médecins n’ont pas de formation suffisante pour prendre en compte ce problème.

La culture australienne a des difficultés à faire comprendre les concepts de base régissant leur vie et leur santé. Et il en est de même pour les Yolngu. L’idée que les Yolngu sont « simples » et que l’anglais est une langue plus complexe, et donc que ceux qui la pratiquent sont des personnes intelligentes, ont empêché les yolngu d’exprimer toute la sagesse de leur culture vieille de plusieurs milliers d’années.

Il y a beaucoup de différence entre les deux cultures qui intensifient la pauvre communication :

  1. Le contact visuel : Dans la culture Yolngu, il n’y a pas de contact visuel direct. A l’inverse, dans la culture dominante, nous parlons entre nous avec un très fort contact visuel. Pour les Yolngu, un fort contact visuel est menaçant et les fait se sentir mal à l’aise et beaucoup d’entre eux préfèrent éviter le regard. La meilleure façon de communiquer avec un Yolngu est de se tenir côte à côte.
  2. La discussion : Si le sujet de discussion est profond, ils utiliseront une approche indirecte plutôt que des questions indiscrètes. Ils utilisent un ton calme et posé pour discuter au lieu d’une voix forte ce qui véhiculerait de la dureté et de l’agression.
  3. L’écoute : Les Yolngu pratiquent une écoute très profonde. Ils donnent une pleine attention à ce que dit la personne et ne sont pas préoccupés par la réponse dans l’immédiat. Ca signifie que les Yolngu commencent à réfléchir seulement quand l’interlocuteur a fini sa phrase. A l’inverse dans la culture des non-aborigènes les individus pensent à leur réponse avant d’avoir écouté complètement leur interlocuteur, ils assument l’idée d’essayer de deviner ce que la personne souhaite dire plutôt que de réellement écouter ce qu’elle dit.
  4. Le temps de réponse : Dans tous les aspects de communication que nous venons de voir c’est le temps de réponse qui est le plus impactant dans les difficultés d’échange entre ces 2 cultures. La culture dominante répond à une question dans la seconde même. Dans beaucoup de cultures asiatiques le processus de réponse est bien plus long et peut prendre 10 à 25 secondes. Problème de silence : Très souvent les Yolngu ne parlent pas, simplement parce qu’ils n’ont pas la chance de pouvoir le faire. Pour exemple : lors d’une discussion entre Yolngu et Balanda : Le non-aborigène pose une question, s’il n’a pas de réponse il en pose une autre ne laissant pas au Yolngu le temps de répondre selon leurs coutumes. Pour la culture dominante, le silence est quelque chose d’inconfortable, voir même de menaçant !
  5. L’attitude corporelle : Pour les Yolngu, le langage du corps parle presque plus que les mots. Ils ont développé une grande attitude à la compréhension des signes du corps. Beaucoup de messages sont transmis par cette voie. L’écoute du corps fait partie de leur façon de communiquer. A l’inverse, les Balanda utilisent le contact visuel comme la clé de communication.
  6. Aucun interruption lorsque quelqu’un est en train de parler : Dans les cultures asiatiques, c’est très mal vu d’interrompre une personne. Le style Yolnu est de laisser parler la personne aussi longtemps qu’elle en a besoin. Celui qui écoute le fait avec attention afin d’apporter la réponse la plus appropriée. Dans la culture dominante dès que nous avons la réponse il arrive régulièrement que nous interrompions la personne pour lui poser une autre question ou relancer le sujet sur un autre point. 

L’ignorance de ces différences de communication a largement affecté les Yolngu bien plus que les Balanda. Maintenant, ils doivent accepter et faire face au monde de la culture dominante et à des modes de communication qui sont particulièrement agressifs à leurs yeux.

 

Chapitre 5 : 13 années d’attente pour enfin savoir

David est un aborigène que l’auteur a eu l’occasion de rencontrer, peu à peu ils sont devenus amis. Pendant 13 ans David a été malade sans réellement savoir comment il en était arrivé là. Ces différences et ces incompréhensions bloquent les chances d’obtenir un contrôle sur leur santé et de manière plus globale sur leur vie. 

  • Problème #1: Connaissance des fonctions des organes: les Yolngu ont une excellente connaissance du positionnement des organes dans le corps ceci vient de leur longue histoire et relation avec les animaux. Ils ont l’habitude de disséquer les animaux, de préparer des repas. Leur connaissance à ce niveau est bien meilleure que les Balanda. Mais ils ne connaissent pas les fonctions de ces organes. Lorsqu’un docteur échange avec un patient Yolngu, le médecin tente d’expliquer les interactions entre les organes et que tel dysfonctionnement entraîne telle maladie, mais pour le patient Yolngu cela n’a pas de sens car il n’y a pas d’équivalence dans leur langue compte tenu de leur perception du monde. Ceci a pour conséquence qu’ils ne saisissent pas forcément l’importance d’un traitement et ne le suivent pas comme il le devrait.
  • Problème #2: Utilisation des pourcentages : Un autre problème lors d’un rendez vous entre un patient et un médecin c’est l’utilisation d’un pourcentage. Pour un Yolngu ça ne veut rien dire et ça ne l’aide pas à comprendre. Ça équivaut à dire “tu as blabhllalal de chance de survivre“. 

Ici je viens de présenter deux exemples qui bloquent la communication entre ces deux cultures mais il en existe d’autres. En soi, connaître la langue est une première étape indispensable mais pour une communication optimale il y a un deuxième élément à maitriser et il s’agit de la compréhension de la perception du monde de l’autre culture.

 

Chapitre 6 : Nous pouvons entendre les plantes pousser

Il n’y a rien que les Yolngu ne peuvent apprendre. La seule limitation est la capacité de l’enseignant à enseigner. Malheureusement les enseignants qui viennent à Arnhem Land n’ont pas la connaissance de cette culture et ne sont pas préparer à une éducation inter-culturelle.

   

Chapitre 7 : I’ére de la connaissance et de la pensée est elle terminée

En 2000, les Yolngu allaient à l’école Balanda avec presque aucune chance d’obtenir un job à la sortie de leurs études. La plupart n’ont aucune chance d’obtenir un permis de conduire car leur maitrise de l’anglais est beaucoup trop faible. La plupart des enseignants n’ont pas l’esprit Yolngu, ne connaissent pas leur culture et ne savent pas ce qu’est une bonne communication intra-culturelle. Toutes les informations constantes non comprises augmentent leur frustration et leur sentiment de confusion. Les Yolngu vont à l’école et voient des occidentaux devenir médecin, pilote d’avion, comptable alors qu’eux ne sont pas capables de trouver un emploi accentuant ainsi leur sentiment d’infériorité.

La culture Balanda influence de tous les côtés la culture Yolngu. Beaucoup d’anciens auraient aimé rester isolés et ne pas avoir connu l’invasion par les occidentaux.

Le coût d’une éducation inefficace :

Certaine personnes disent que la pire éducation coloniale est toujours meilleure qu’aucune éducation mais cela laisse à penser que ce peuple n’avait pas d’éducation au préalable ou qu’elle n’existait pas avant que les colons l’inventent. Au contraire, bien au contraire tous les groupes culturels sur la terre ont leur propre forme d’éducation.

  • Les Yolngu ont fait l’expérience d’un système éducatif inadapté les laissant handicapés intellectuellement.  Leur faisant croire qu’ils sont inférieurs et incapable de saisir les informations que les Balanda tentent de leur transmettre. Certains enseignants Yolngu n’ont pas une parfaite connaissance du monde Balanda. Comment ces mots importants dans la culture Balanda peuvent–ils être transmis de manière optimale ? Cette difficulté d’apprentissage des termes anglais est un grave problème. Ces mots sont à la base de l’économie, des lois, du business ceci bloque les yolnu dans l’acquisition de nouvelles connaissances.
  • L’éducation inefficace décrédibilise les ainés et leurs connaissances traditionnelles. Beaucoup d’entre eux considèrent leurs traditions et leurs connaissances comme vieillotes avec peu de valeur dans le monde actuel. La culture dominante met beaucoup de pression sur les connaissances traditionnelles des Yolngu de 2 manières. Premièrement, la culture dominante leur répète qu’ils doivent oublier leurs vieilles façons d’agir et devraient penser plutôt au futur. Deuxièmement, l’éducation moderne n’utilise pas leurs connaissances et néglige leurs modes de communication notamment le niveau sonore avec lequel les gens s’expriment. 
  • Ils perdent leurs pensées à propos de comment le monde opère. Traditionnellement les Yolngu ont une parfaite connaissance de leur médecine. L’arrivée des occidentaux a été synonyme de nouvelles maladies que la médecine Balanda réussissaient à soigner correctement. La médecine Balanda est un réel mystere pour eux. Comment leur expliquer quelque chose qui n’existe pas dans leur propre langue comme bactérie, diabète, cancer. 
  • Les Yolngu apprennent les rituels plutôt que des actions productives qui sont extrêmement importantes dans la culture dominante.

A cause d’une éducation inefficace les Yolngu ont perdu tout intérêt dans l’acquisition des connaissances. La charge d’informations qui accentue leur confusion est en train de tuer leur curiosité à petit feu. Dans les années 1950 lorsque les Yolngu offraient de la nourriture aux Balanda, elle était mal accueillie, des bruits de dégout circulaient lorsqu’elle était servie. En 1960, les Balanda ont créé des centres de formation pour encourager les gens à cuisiner Balanda. Petit à petit, les Yolngu en ont déduit que la nourriture Balanda était meilleure que la leur. La nourriture occidentale arrivait dans un emballage. Petit à petit les Yolngu ont commencé à s’alimenter avec de la nourriture Balanda, en l’estimant plus sophistiquée que la leur, lui attribuant des qualificatifs pourtant négatifs.

Un des problèmes est que les Yolngu n’ont pas une bonne connaissance des rouages du système dominant par exemple 

  • L’auteur apprend que certaines femmes Yolngu dépensent une bonne partie de leur argent dans l’achat de Coca Cola. En visionnant les spots publicitaires, les Yolngu s’imaginent que ces boissons vont contribuer à la bonne santé de leurs enfants. La plupart d’entre eux estime que ces boissons sont bonnes pour la santé car ils voyaient les publicités avec ces enfants en bonne santé. Les Yolngu ne font pas la distinction entre réalité et publicité. Encore un manque de connaissance du monde occidentale qui amène les individus à des comportements inappropriés

 

Chapitre 8 : Le cout d’être différent

Qui est le vrai docteur ?

Par exemple chez les Yolngu les femmes ont une relation forte avec les femmes plus âgées dans lesquelles elles placent toute leur confiance notamment pour les accouchements. A partir de 1970, toutes les naissances furent transférées sous le contrôle des hôpitaux. Progressivement le rôle des aînées fut remplacé par le savoir des experts. Ce transfert a petit à petit détruit le statut des femmes aînées et leur relation avec les femmes plus jeunes. Désormais, les jeunes femmes ne recherchent plus l’aide des séniors. Elles vivent dans un monde ou le statut et l’honneur des ainés ont été remplacés par la glorification de la jeunesse et l’obtention d’une certification. Les spécialistes ont usurpé la position qui venait de la pratique des traditions et de l’expérience de vie.

Parfois les occidentaux demandent : « … Si les soignants yolngu avaient tant de connaissances que cela, pourquoi est ce qu’ils ne se lèvent pas pour enseigner eux-mêmes à leur peuple ? » Dans leur culture, la connaissance de haute importance n’est pas enseignée aux personnes sachant l’apprécier à sa juste valeur. Bien souvent les anciens emportent avec eux leurs secrets.

 Mourir avec dignité

Dans le modèle occidental, le patient venant à l’hôpital y sera gardé afin que l’équipe médicale puisse veiller sur lui. Les Yolngu ont une tradition différente, dans leur coutume, la famille, le clan passent énormément de temps avec leur parent malade ou mourant.

La suprématie du modèle occidental leur impose notre mode de fonctionnement, qui différent du leur, c’est un problème car cela crée de profondes blessures et traumatismes pour le peuple Yolngu. Ce qui était vu, par les Balanga, comme compatissant et un bon traitement du patient est  perçu comme de l’emprisonnement par le patient Yolngu et les membres de sa famille. Le manque de communication entre patient et médecin fait qu’ils ne se comprennent pas et que l’état de santé continu de se détériorer. Ils ne saisissent pas la gravité de leur maladie les empêchant de mourir avec dignité et selon leurs rituels.

Les Yolngu vivent en enfer ?

Pourquoi « vivre en enfer » ? Pour quelles raisons les Yolngu ont ce sentiment. L’un des problèmes majeurs c’est que la culture dominante fait exactement tout pour que les Yolngu ne fassent plus rien et qu’ils n’aient plus qu’à s’asseoir et à attendre. Les Yolnu se sentent dépressives car ils ont perdu leur précieuse indépendance dans une myriade d’aides sociales. En 1999, les enfants recevaient des repas gratuits, leur maison était construite par le gouvernement. Ils ne leur restaient plus qu’à boire et à gamberger. Peu à peu les femmes sont devenues leader et décideurs au sein de la communauté même si les hommes étaient présents. Cela contraste fortement avec le passé ou les hommes étaient les leaders incontestés. Perdant par la même occasion les traditions que leurs ancêtres leur avaient apprises. Cette perte de sens pour le peuple Yolngu a entrainé une forte augmentation des violences domicile, attaques verbales, suicides ou encore homicides depuis les années 80. Ces programmes ont produit une prison de dépendance dans laquelle sont enfermés les Yolngu.

 

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